Imperialismo – por Anne Colombel-Plouzennec

Miembro de la Asociación Mundial de Psicoanálisis

AP de la École de la Cause Freudienne

Doctora en psicoanálisis
(Paris 8)

El pasado 30 de noviembre, el diario Le Monde titulaba “La Corte suprema de Rusia condena a la clandestinidad a las organizaciones LGBT, designados como extremistas[1]. La medida es seria, ya que “los participantes de una organización extremista se arriesgan hasta a seis años de prisión, los designados como organizadores, hasta diez años”. Los “movimientos LGTB” no son evidentemente los únicos concernidos, en tanto que “una modificación de la legislación en curso debería también permitir condenar toda “justificación del extremismo”.

¿Extremistas?

Extremista es el nombre de todo lo que se opone a la muy larga “ofensiva ultraconservadora” actualmente implementada por el Estado ruso que, según los dichos del activista LGTB, Igor Kochetkov, citado por Le Monde, “continúa creándose enemigos imaginarios, en nombre de su ideología del ‘mundo ruso’ y de los valores tradicionales”. Esto testimonia, según la politóloga Tatiana Stanovaya, acerca de la necesidad de las autoridades “de una narrativa sobre la identidad rusa que la aleja siempre del Occidente hostil y que permite representar la confrontación con el Oeste como un combate de civilizaciones”. Claro que no podemos ignorar que esto se inscribe también en las circunstancias pre- electorales en un contexto de guerra que se estanca. Así se lanza la caza de chivos expiatorios”.

Imperialismo

En una serie de artículos titulados “Pequeña crónica del imperialismo”, Philippe Hellebois[2] vuelve sobre esta distinción. Él precisa cómo, a diferencia del Imperio, que se especifica por su referencia al padre y al poder de lo simbólico para organizar los modos de gozar, los imperialismos, tan característicos de nuestro tiempo, inaugurados por el advenimiento del discurso de la ciencia y del capitalismo que lo implica, no hace más que “yuxtaponer” los llamados modos de gozar “sin orden”, lo que tiene por consecuencia “el ascenso del racismo y la segregación”, que los modos de gozar estén en competencia y “apunten a la hegemonía”.

Con Lacan, podríamos entonces concluir que el imperialismo es entonces el movimiento –económico, político, militar, etc.– que presenta más afinidades con la materia gozante, en tanto que semejante con el goce Uno, sin Otro, precisamente porque ella no es discretizada por el poder de lo simbólico. Eso se extiende, solo, más allá de todos los contornos se fabrican frentes, allí donde no hay fronteras, según la propuesta de Tigrane Yégavian[3], en el marco de la emisión Studio Lacan n°69, a partir de la situación actual de Armenia. Los frentes son hoy geográficos, religiosos, ideológicos… empujando al otro modo de gozar detrás de la barrera de la segregación. “Extremistas” entonces.

Perspectiva

Pero Lacan, frecuentemente citado allí, ya abrió en 1967 un camino decisivo. A partir de la situación específica de las psicosis del niño, extiende su propuesta a este tiempo que es el nuestro y que califica de “planetario” –lo que traducimos hoy, según France Jaigu[4], con el termino de “mundialización”– para hacer la pregunta, a saber: “¿cómo hacer para que las masas humanas agrupadas en un mismo espacio, no sólo geográfico sino a veces familiar, permanezcan separadas ?”[5] ¿Cuánto avanzamos hoy entonces en el campo de la invención, sin nostalgia de los poderes ancestrales del simbólico, para discretizar[6] de manera renovada? Dicho de otro modo, ¿cómo y dónde se establecen hoy los agujeros, y entonces los bordes, a partir de los cuales se puede atar de otro modo el goce ?

El psicoanálisis aborda cotidianamente estas cuestiones en los dominios de su experiencia y de la clínica. Lacan extiende su lectura a la dimensión de las “masas humanas”.


[1] Vitkine B., “ La Corte Suprema de Rusia condena a la clandestinidad a las organizaciones LGTB, designadas como ‘extremistas’”, Le Monde, 30 de noviembre 2023, disponible en internet para los abonados al diario.

[2] Hellebois P., “Pequeña crónica del imperialismo”, Hebdo Blog, 1er Enero 2023, disponible en internet

[3] Tigrane Yégavian, poeta y autor notable de “Geopolítica de Armenia”, Studio Lacan n°69, próximamente.

[4] Jaigu, F. “1967 : Lacan y los imperialismos”. Studio Lacan n°69, próximamente

[5] Lacan, J. “Alocución sobre la psicosis del niño”. Otros Escritos, Buenos Aires, Paidos, 2012

[6] Artículo Larousse, “discretización”: “operación consistente en reemplazar las relaciones relativas a las funciones continuas, derivadas, etc., por un número finito de relaciones algebraicas relativas a los valores tomados por esas funciones en un número finito de puntos de su conjunto de definición”

Traducción: María Paula Guzmán

*Fotografia seleccionada por el editor del blog

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Impérialisme

Le 30 novembre dernier, le journal Le Monde titrait « La Cour suprême de Russie condamne à la clandestinité les organisations LGBT, désignées comme “extrémistes” »[1]. La mesure est sérieuse, puisque « les participants à une “organisation extrémiste” risquent jusqu’à six ans de prison, ceux désignés comme organisateurs, jusqu’à dix ans ». Les « mouvements LGBT » ne sont évidemment pas les seuls concernés, puisqu’« une modification de la législation en cours devrait aussi permettre de condamner toute “justification de l’extrémisme ».

Extrémistes ?

Extrémiste est le nom de tout opposant à la très large « offensive ultraconservatrice » actuellement mise en œuvre par l’État russe qui, selon les dires de l’activiste LGBT, Igor Kochetkov, cité par Le Monde, « continue de se créer des ennemis imaginaires, au nom de son idéologie du “monde russe” et des “valeurs traditionnelles” ». Ceci témoigne, selon la politiste Tatiana Stanovaya, du besoin des autorités « d’un narratif sur l’identité russe qui l’éloigne toujours plus de “l’Occident hostile” et qui permet de dépeindre la confrontation avec l’Ouest comme un combat de civilisations ». Bien sûr, nous ne pouvons l’ignorer, ceci s’inscrit aussi dans des circonstances pré-électorales dans un contexte de guerre qui s’enlise. Voilà comment la « chasse aux boucs émissaires » est lancée.

Impérialisme

Dans une série d’articles intitulés « Petite chronique de l’impérialisme »[2], Philippe Hellebois revient sur cette distinction. Il précise comment, à la différence de l’Empire, spécifié de sa référence au père et au pouvoir qui est celui du symbolique d’organiser les modes de jouir, les impérialismes, eux, caractéristiques de notre temps, inaugurés par l’advenue du discours de la science et le capitalisme qu’il implique, ne fait que « juxtaposer » lesdits modes de jouir « sans ordre », ce qui a pour conséquences « montée du racisme et ségrégation », les modes de jouir s’inscrivant en concurrence et « visent l’hégémonie ».

Avec Lacan, nous pourrions ainsi conclure que l’impérialisme est donc le mouvement – économique, politique, militaire, etc. – présentant le plus d’affinités avec la matière jouissante en tant que telle, avec la jouissance Une, sans l’Autre, précisément en tant qu’elle n’est pas discrétisée par le pouvoir du symbolique. Ça s’étend, tout seul, au-delà de tous contours, se fabriquant des fronts, là où il n’y a pas de frontières, selon le propos de Tigrane Yégavian[3], dans le cadre de l’émission Studio Lacan n°69, à partir de la situation actuelle de l’Arménie. Les fronts sont aujourd’hui géographiques, religieux, idéologiques, …, repoussant l’autre mode de jouir derrière la barrière de la ségrégation. « Extrémistes », donc.

Perspective

Mais Lacan, souvent cité à ce titre, ouvrait déjà, en 1967, une voie décisive. À partir de la situation spécifique des psychoses de l’enfant, il étend son propos au temps qui est le nôtre et qu’il qualifie de « planétaire » – ce que nous traduisons aujourd’hui, selon France Jaigu[4], du terme de « mondialisation » – pour poser la question de savoir « comment faire pour que des masses humaines, vouées au même espace, non pas seulement géographique, mais à l’occasion familial, demeurent séparés ? »[5]. Comment avançons-nous donc aujourd’hui dans le champ de l’invention, sans regret des pouvoirs ancestraux du symbolique, pour discrétiser[6] de manière renouvelée ? Dit autrement, comment et où s’établissent aujourd’hui les trous, et donc les bords, à partir de quoi nouer autrement la jouissance ?

La psychanalyse s’attèle quotidiennement à ces questions dans les domaines de son expérience et de la clinique. Lacan étend sa lecture à la dimension des « masses humaines ».


[1] Vitkine B., « La Cour suprême de Russie condamne à la clandestinité les organisations LGBT, désignées comme “extrémistes” », Le Monde, 30 novembre 2023, disponible sur internet aux abonnés du journal.

[2] Hellebois P., « Petite chronique de l’impérialisme », Hebdo Blog, 1er janvier 2023, disponible sur internet.

[3] Tigrane Yégavian, poète et auteur notamment de « Géopolitique de l’Arménie », Studio Lacan, n°69, à paraître.

[4] Jaigu F., « 1967 : Lacan et les impérialismes », Studio Lacan, n°69, à paraître.

[5] Lacan J., « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 361-371.

[6] Article Larousse, « discrétisation » : « Opération consistant à remplacer des relations portant sur des fonctions continues, dérivables, etc., par un nombre fini de relations algébriques portant sur les valeurs prises par ces fonctions en un nombre fini de points de leur ensemble de définition ».

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